NICHES ET LINTEAUX DE PROTECTION

NICHES MURALES ET
LINTEAUX DE PROTECTION

Niches votives des maisons

Les niches murales, dites aussi niches votives, peuvent être classées en deux catégories, les niches de protection des maisons, et les niches de protection de la population du quartier ou de la ville, sachant que bien souvent il est malaisé de les distinguer.  Selon les styles architecturaux, on situe deux périodes fécondes d'implantation de niches, le XVII siècle et le début du XVIIIème, et après la révolution, une nouvelle vague au XIX siècle sous la restauration jusqu'au second Empire, même si l'on peut reprocher au second Empire de nombreuses démolitions de maisons et d'immeubles possèdant des niches, pour faire place au nouveau tracé des rues à l'instigation d'Haussmann, bordées alors d'immeubles dits "de rapport" ou les niches n'ont plus leur place. Cela est très net à Paris.
 
Niches en façades

Les niches murales de protection des maisons, souvent niches de façades, édifiées par les propriétaires qui les placent généralement au dessus ou à côté de la porte d'entrée pour protéger les habitants qu’elles abritent, par le Saint ou la Vierge qui sera placé dans la niche. Dans les villes anciennes ces niches perdurent et deviennent un éléments constitutif du patrimoine, souvent même mis en valeur par les Offices de Tourisme qui créent des circuits de visites.

Par contre hors des centres des villes, dans les pavillons ou villas de notre époque, les niches de façades, ou même assez souvent de piliers de portails, se vident ou même disparaissent lors de ventes ou des successions des biens, le nouveau propriétaire étant soit indifférent, soit adepte d'une autre religion. On voit aussi des propriétaires déménager lors de la vente de son bien, en emmenant la statue qui était dans la niche.

Niche à La Brigue (06) Niche à Grasse (06) Niche à Laval (53)

Dans certaines régions, ces niches sont en bois ou en métal, fermées et vitrées, et fixées sur la façade de la maison ou de l’immeuble, notamment quand les murs sont en colombage et en torchis, ce qui rend difficile le creusement d’une niche.

JPEG - 768.4 ko JPEG - 1.3 Mo
Niche ajoutée à Limoges (87) avec
Sainte-Anne, la Vierge Marie et Jésus .
Niche ajoutée en façade à
Aix-en-Provence
  (13)

Niche ajoutée en façade avec
St Martial à Limoges (87)

 Niches d'Angles
 
Les niches d'Angle, sont souvent le résultat d'un choix collectif des habitants d'un quartier, qui les assimilent à un oratoire urbain. Ce sont très souvent des niches assez monumentales, ouvragées, qui hébergent une grande statue d'un saint protecteur ou d'une Vierge. Les saints les plus recherchés étaitent les protecteurs d'épidémies, tels Saint Roch, Saint Sébastien, et bien sur la Vierge, etc. En période de risques d'épidémies, la population se réunissait sous ces niches généralement dominantes d'un croisement de rues ou d'une place, ou des prières et des bénédictions collectives avaient lieu.
 
JPEG JPEG - 1.3 Mo
Aix-en-Povence (13), Vierge à l’Enfant, Niche d’angle sur une maison de Sélestat (67) Le Christ à Marseille (13)
Elles sont surtout répandues dans les villages et les villes anciennes, très présentes dans presque toutes les régions de France, comme en Provence ou elles étaient souvent édifiées suite à des épidémies de peste, avec par exemple Aix-en-Provence qui compterait 92 niches , Marseille au moins 203,  Avignon 275,  Lyon 270,  Dijon 60,  Chalon-sur-Saône 50, Langres 34, Paris ou subsiste 25 niches après les reconstruction d'Haussmann, Lille avec 13 niches repertoriées, Limoges 12, Herblay 11, La Flèche 9, etc. et toutes celles que nous n'avons pas encore inventoriées...
 
Retrouvez les niches murales sur la Base de Données www.oratoires.com 
Dans la rubrique 'Edifice', sélectionnez :' Niche murale'
 

Niches votives des portes fortifiées des villes

Au moyen-âge et à la renaissance, les villes fortifiées étaient l’objet de guerres de sièges, et connaissaient les famines et les épidémies, aussi creusait-on souvent une niche contenant généralement une Vierge, au dessus des portes fortifiées des villes, afin d’intimider les envahisseurs en montrant que l’on avait appelé la protection divine sur celle-ci et ses habitants.
Ainsi, par une délibération du 12 mars 1643, les consuls de Lyon décident de mettre la ville "sous la protection toute puissante de la très-sainte et immaculée Vierge Marie, Mère de Jésus-Christ, nostre Seigneur"; Ils instaurent la tradition encore respectée selon laquelle, chaque année le 8 septembre jour de la fête de la Nativité de la Vierge, les élus montent en procession à Fourvière pour y entendre la messe et offrir "sept livres de cire en cierges et flambeaux et un écu d'or" et le voeu des échevins prévoit également l'installation de statues de Madones sur les ponts de la Saosne et du Rhône.
Au XVIII siècle le Consulat de Nice décida que dans la porte Pairolière une niche serait creusée et abriterait une statue de Notre Dame de Laghet en marbre, ce qui fut fait. Au XIXème siècle les portes ont été démolies en même temps que les remparts. Plus rien ne subsiste.
 
JPEG JPEG

Niche de la porte fortifiée
de Boulogne-sur-Mer (62)

Niche de la Porte du Signadour
à Vence (06)
Niche de la Porte Bécharie
à Uzerche (19)
Porte Narbonnaise à Carcassone (11) Porte Saint Louis à Guillestre (05)
 

 
Linteaux de portes des maisons
 
Les linteaux de portes de maisons sculptés avec des motifs religieux, avaient aussi ce rôle d’appeler la protection divine sur ses occupants, et aussi de montrer qu’ici ont était croyant et catholique, ce qui avait son importance lors des guerres de religions. Ces linteaux sculptés sont très présents dans une grande partie de la France et des pays voisins. Les motifs utilisés sont souvent les symboles fondamentaux du christianisme, comme le chrisme, l’agneau pascal, la croix et le monogramme IHS qui a été popularisé par le Franciscain Saint Bernardin de Sienne (1380-1444). Il montrait lors de ses prédications un tableau sur lequel figurait IHS au centre d’un soleil, et Saint Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites, choisit comme sceau IHS, avec une croix surmontant le H.
Ce monogramme qui est très fréquent un peu partout. peut avoir plusieurs sens qu’il est intéressant de connaître : 

En grec, abréviation du nom IHSOUS (Jésus),
dans laquelle le I et le H (ETA, prononcée è) sont les premières et le S la dernière lettre.

En latin, IESUS HOMINUM SALVATOR (Jésus Sauveur des hommes) sens le plus commun.

IHSV - IN HOC SIGNO VINCES (Par ce signe tu vaincras)
mots entendus par l’Empereur Constantin avant la bataille du Pont Milvius à Rome en 312.

IESUM HABEMUS SOCIUM (nous avons Jésus pour compagnon)

IESUS HOMO SALVATOR (Jésus Homme Sauveur)

oOo

 Les sculptures de certains linteaux sont de véritables chef-d'oeuvres suivant les exemples ci-dessous :
 
JPEG
Linteau de l’Agneau pascal à La Brigue

JPEG
Linteau de 1603 à Falicon (06)


Linteau à La Brigue (06)
 
 
Retrouvez  les linteaux sur la Base de Données www.oratoires.com 
Dans la rubrique 'Edifice', sélectionnez : 'Linteau'

 

 BIBLIOGRAPHIE

Il existe peu d'ouvrages sur les niches murales comme ceux cités ci-dessous qui sont dans la bibliothèque personnelle  du président :

     

GUIDE DES MADONES DE LYON, Collectif, Préface de Mgr Barbarin, Editions AUTRE VUE

LA STATUAIRE RELIGIEUSE DES MAISONS DE MARSEILLE, Adrien Blès & Régis Bertrand, Ed. La Thune, 1998

MAISONS ET PALAIS DU VIEUX NICE, Jacques Moulinier & Catherine Ungar, Institut d'Etudes Niçoises, 2004

LES ORATOIRES D'AIX-EN-PROVENCE, A.R.P.A., Editions EDISUD

NOTRE DAME DES FAÇADES, Par Marc Farraud, Les Niches murales de La Flèche, En vente à l'Office du Tourisme de la Flèche.

LA STATUAIRE DE PIETE, Dijon, Patrimoine, Office du tourisme.

NICHES DE FAçADES ET SAINTS POPULAIRES, Notre Vieux Chalon, par Pierre Chenu, 1975.

LAISSER VOUS CONTER LES NICHES DE LANGRES, Dépliant de l'Office du Tourisme.

Et de nombreux blogs sur Internet.