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SAINT DOMINIQUE FACE AUX CATHARES

Les croix et oratoires de la région de Fanjeaux (10)


    Dans la région de Carcassonne (Aude), il y a peu d’églises qui ne possèdent pas une statue ou un tableau représentant saint Dominique. Le saint est figuré avec une iconographie très simple correspondant au témoignage et à la description de soeur Cécile, moniale réformée que Dominique avait installée à Saint-Sixte de Rome en 1221 et qui fut témoin au procès en canonisation : le saint porte son habit de chanoine d’Osma, soumis à la règle de saint Augustin : tunique de laine blanche, surplis de lin, chape et capuce de laine noire. Il tient à la main le livre, symbole de sa mission de prêcheur et soeur Cécile ajoute « il restait toujours souriant et joyeux à moins qu’il ne fût ému de compassion par quelque affliction du prochain » (1). De fait, le souvenir du saint est encore très vivace en Lauragais où il vécut une dizaine d’années et entretenu par plusieurs oratoires et lieux de mémoire.

   En Août 1206 à Montpellier, trois moines cisterciens envoyés par le pape pour prêcher contre l’hérésie cathare firent la connaissance de l’évêque d’Osma - Diègue d’Acèbès - accompagné d’un jeune chanoine : Domingo de Guzman y Aza. Diègue choisit de rester avec son compagnon en Languedoc et de combattre l’hérésie par l’exemple de la pauvreté et le prêche. En compagnie des légats pontificaux Pierre de Castelnau et Raoul de Fonfroide, Diègue et Dominique vont traverser le Lauragais et se fixer, vers la fin de 1206, dans un castrum qui était alors le haut lieu de l’hérésie, tenu par Guilhabert de Castres : Fanjeaux.

    Au cours de l’hiver 1206-1207 ils créent le petit monastère de Prouille, destiné tout d’abord à abriter une dizaine de femmes qui avaient renoncé à l’hérésie et étaient rejetées par leur famille. Le monastère fut fondé par une charte du 17 Avril 1207 et se développa par la suite, en particulier grâce aux donations faites par Simon de Montfort, au moment où la croisade albigeoise se déchaîna dans le Midi (2). Cette fondation, bien modeste dans la réalité, prit cependant une dimension miraculeuse au XVII ème siècle sous la plume de deux historiographes de Dominique : Pierre Cambefort, prêtre de Fanjeaux et Jean Giffre de Rechac entré à Paris dans l’ordre des prêcheurs.

    Saint Dominique, se tenait au lieu le plus élevé de Fanjeaux, dominant toute la plaine alentour, quant il vit une grande lumière descendre du ciel, désignant ainsi le lieu où fut fondé Prouille. Le promontoire fut alors baptisé le Bourguet de Saint-Dominique, avant de devenir une cinquantaine d’années plus tard le Seignadou (le lieu du signe) (3).

   Suivant les deux auteurs, dès 1538 on y éleva un oratoire « dans lequel il y a une croix de pierre blanche et auquel lieu on fait les processions pour les orages, comme aussi les processions tous les vendredis depuis la Saint-Croix de Mai, jusqu’à l’autre Saint-Croix de Septembre » (4).

   Cet oratoire fut remanié à plusieurs reprises. En 1853, le curé de Fanjeaux, l’abbé Auguste Cros y érigea une croix de pierre, remplacée en 1860 par une croix de marbre blanc offerte par la vicomtesse Jurien. En 1868, on inaugura un monument plus important élevé à côté de la croix, par souscription : un oratoire surmonté de la statue de saint Dominique. L’état actuel résulte de la restauration effectuée en 1898 par l’architecte E. Florent de Castelnaudary. Une plaque gravée rappelle la fondation mythique de Prouille. (photos n° 1 et 2).

Photo N° 1

Photo N° 2
   
    Certains auteurs ont voulu faire de Dominique un inquisiteur, c’est le cas en particulier pour Bernard Gui (le grand inquisiteur) qui, dans ses Chroniques pourtant clairement documentées, s’est efforcé de lui faire jouer un rôle actif dans la Croisade. Cette version, peut-être accréditée par la bienveillance de Simon de Montfort envers le saint, sera reprise, au XIXème siècle par les Bollandistes (5). Pourtant ni Pierre des Vaux-de-Cernay dans son « Historia Albigensis », ni Guillaume de Tudèle dans sa « Chanson de la croisade albigeoise » ne mentionnent un rôle militaire ou politique de saint Dominique qui s’est certainement tenu en retrait pendant plusieurs années.

Photo N°3
Désireux de combattre les hérétiques avec leurs propres armes, le saint pratiquait la pauvreté et l’ascétisme que l’on recommandait aux Parfaits et souhaitait les convaincre par son éloquence : c’est ce que révèle le « miracle du feu » que l’on peut dater de 1209 environ. Pierre des Vaux-de-Cernay, le situe « près de Montréal » sans plus de précision (6) et assure en tenir le récit du saint lui-même.
Dominique avait rédigé un écrit présentant des objections au catharisme, il le remit à un Parfait, pour qu’il en soit discuté lors d’une réunion. Les cathares proposèrent alors de jeter le texte au milieu du feu : s’il brûlait la foi des Parfaits serait reconnue véridique ; s’il ne brûlait pas Dominique aurait gagné la partie. 
Après être resté quelques temps au milieu des flammes, le manuscrit en ressortit intact, on renouvela l’expérience trois fois sans plus de succès mais les hérétiques ne se convertirent pas. (photo n° 3 )
Ce miracle fut situé à Fanjeaux par Jourdain de Saxe, l’un des premiers historiens de Dominique, témoin à son procès en canonisation (7). En mémoire de ce miracle, une chapelle fut élevée en 1346, où étaient conservées la pierre sur laquelle fut allumé le feu et la poutre calcinée, au dessus du foyer

   Cette chapelle fut détruite et remplacée par un monument portant une statue de saint Dominique tendant un parchemin. De nos jours la poutre du miracle est conservée dans l’église paroissiale où elle a été transportée en 1820.  Cependant, la personnalité de Dominique lui attira quelques ennemis, notamment parmi les hérétiques. Jourdain de Saxe, dès le XIII ème siècle mentionne une embuscade tendue au saint par des hérétiques ; au XVII ème siècle Pierre Cambefort situe la scène entre Prouille et Fanjeaux dans un lieu bien précis : « entre la vigne qui appartient maintenant à Jean Rolland le vieux, meunier, et le champ de la confrérie, au chemin de Prouille » (8). Le saint poursuivit sa route sans s’effrayer et les bandits n’osèrent pas l’attaquer. Le lieu de cette embuscade prit le nom de via siccari (chemin de l’assassin) et vers 1690, le père Louis Bordonier, prieur du couvent de Fanjeaux, fit élever à cet endroit une croix de pierre connue sous le nom de croix du Sicaire (9). (photo n° 4). Cette croix fut remplacée en 1868 par la croix actuelle, à l’initiative du père Cormier, provincial de la province de Toulouse qui fit ériger à la même époque trois autres monuments commémoratifs le long de la route qui va de Montréal à Carcassonne.

Photo N° 4

      Les deux premiers oratoires remplacèrent sans doute des constructions plus anciennes et évoquent deux des miracles du saint.

Photo N°5

L’oratoire du « miracle des épis sanglants » est certainement l’un des mieux connus car il se dresse sur le chemin Arzens-Montréal au carrefour des routes D 119 et D 211 (photo n° 5).

L’épisode est relaté par Pierre des Vaux-de-Cernay, dans son « Histoire des Albigeois ». Des hérétiques faisaient leur moisson le jour de la nativité de saint Jean-Baptiste, quand le saint arriva avec un compagnon. L’un des moissonneurs regardant sa main la vit toute ensanglantée, sans qu’il soit blessé. Il en fut de même pour ses compagnons et ils s’aperçurent que c’était les gerbes de blé qui saignaient.

Pierre des Vaux-de-Cernay s’appuie sur le témoignage du « vénérable Gui, abbé de Vaulx-Cernay qui était alors en cette terre, vit une de ces gerbes sanglantes et c’est lui-même qui m’a raconté ceci » (10).

    Le deuxième oratoire, situé sur la même route rappelle le « miracle de l’orage ». Cet épisode est relaté par Jourdain de Saxe au XIII ème siècle mais sans localisation, et par Cambefort au XVIIème siècle : Dominique venait de Carcassonne à Montréal, accompagné d’un religieux, quand il advint un terrible orage. Dominique s’étant agenouillé se mit en prière et « ayant fait le signe de la croix, au même instant repoussa et chassa cette tempête ». Les deux religieux purent poursuivre leur chemin sans être mouillés par la pluie qui inondait la campagne (11).

    Un premier oratoire fut élevé en 1607. Il représentait une croix sous un oratoire voûté où se voyait l’effigie de Dominique faisant le signe de croix. Cet oratoire était réputé préserver de la pluie et de la grêle, selon le témoignage d’Etienne-Thomas Souèges (1633-1698), professeur à Bordeaux et Avignon, puis maître des novices à Paris. « On assure que si, en temps de pluie, on s’en approche seulement, il n’en tombe pas une goutte à six pas à l’entour » (12) (photo n° 6) .

Photo N° 6
 
      Enfin, en contrebas du domaine de La Tour, une fontaine a été aménagée comme lieu de dévotion à saint Dominique.

Photo N°7

Sur le chemin de Carcassonne à Fanjeaux, le saint aimait à se désaltérer à cette source, avant d’attaquer une longue montée (13). La source a été captée et un monument supportant la statue du saint a été édifié au dessus du bassin de captation (photo n° 7).

    En 1210, Dominique, appelé par l’évêque Foulque, se rendit à Toulouse. En Septembre 1215, les deux ecclésiastiques allèrent à Rome où ils participèrent au concile de Latran. Le saint rejoignit ensuite l’Espagne qu’il avait quittée depuis treize ans, mais c’est en Italie, à Bologne, qu’il mourut au début d’Août 1221.
    Le 13 Juillet 1233 s’ouvrit le procès en canonisation où furent relatés les miracles du saint, ses vertus, son courage et sa générosité; Le 3 Juillet 1334 enfin, Grégopire IX délivra la bulle de canonisation
                                                                                                                          Marie-Luce Jalbaud,  (juin 2019)                                                             

Notes

(1) Russo ( Daniel ), L’ordre des Prêcheurs dans l’iconographie méridionale et ses modes de représentation, dans Cahiers de Fanjeaux, N° 36, éd. Privat, 2001, p. 359 et note 23, p. 378.

(2) Roquebert ( Michel ), Saint Dominique, la légende noire, Paris, 2003, p. 91-94.

(3) Montagnes ( Bernard ), L’historiographie de saint Dominique en pays toulousain de Rechac à Touron ( 1640-1740 ), dans Cahiers de Fanjeaux, N° 36, éd. Privat, 2001, p. 458-459.

(4) Montagnes ( Bernard ), op. cit., p. 460.

(5) Guerin ( Mgr Paul ), Les petits Bollandistes. Vies des saints de l’Ancien et du Nouveau testament, Paris, 1878, t. IX, p. 290 et suivantes.

(6) des Vaux-de-Cernay ( Pierre ), Historia Albigensis, Paris, 1967, paragraphe 54.

(7) Jourdain de Saxe, Libellus de principiis ordinis fratrum praedicatorum, in Monumenta ordini fratrum praedicatorum, Rome, 1935, vol. XVI, chap. 25.

(8) Montagnes ( Bernard ), op. cit., p. 462-463.

(9) Montagnes ( Bernard ), op. cit., p. 464.

(10) des Vaulx-Cernay ( Pierre ), Histoire de la guerre des Albigeois, dans Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, éd. M. Guizot, Paris, 1824, p. 16-17.

(11) Montagnes ( Bernard ), op. cit., p. 466.

(12) Montagnes ( Bernard ), op. cit., p. 467.

(13) Girou ( Jean ), Saint Dominique, révolutionnaire de Dieu, Albin Michel, 1959.


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